La Vipère péliade : ne soyons pas mauvaise langue avec elle !

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La vipère péliade : une espèce fascinante que nous présente Arthur (Photo : Élise Tremel)

Arthur, stagiaire au CEN depuis plusieurs mois, vous explique en détail son étude des populations de Vipère péliade, qu’il réalise avec engouement et passion.

Arthur, quelle est ta mission principale au sein du Conservatoire d’espaces naturels du Nord et du Pas-de-Calais ?

Je suis ici en tant que chargé d’études stagiaire. Je travaille plus particulièrement sur le projet « Vipère » qui consiste à étudier les populations de ces magnifiques animaux sans patte sur deux sites localisés dans le Pas-de-Calais : le premier site se situe sur un coteau calcaire ; l’autre en milieu dunaire. Pour résumer, j’attrape des vipères et je les compte afin de déterminer l’évolution de leurs populations.

La Vipère péliade : ne soyons pas mauvaise langue avec elle ! (Photo : Élise Tremel)
La Vipère péliade : ne soyons pas mauvaise langue avec elle ! (Photo : Élise Tremel)

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu fais cela ?

Ces animaux sont victimes, comme tant d’autres, de la destruction de leurs milieux de vie ainsi que de l’ignorance humaine renforcée par leur mystification injuste.

D’accord, mais en quoi cela va les aider de les attraper ?

Les attraper n’est qu’une petite partie de ma mission. Pour de nombreuses espèces étudiées, avant de mettre en place des plans d’actions pour les préserver, il est nécessaire de savoir : combien il en reste, comment elles se portent et comment elles évoluent dans leur environnement.

Peux-tu nous donner quelques détails concernant ton travail de prospection ?

J’arpente le terrain à la recherche des vipères en regardant attentivement à tout endroit où elles pourraient s’exposer.

Journée de prospection sur le terrain, avec des bénévoles encadrés par des chargés d'études du CEN (Photo : Élise Tremel)
Journée de prospection sur le terrain, avec des bénévoles encadrés par des chargés d’études du CEN (Photo : Élise Tremel)

S’exposer ?

Oui, la vipère comme tout animaux sans « chauffage interne », a besoin de se réchauffer de temps en temps au soleil pour activer son métabolisme. C’est cette nécessité que l’on exploite pour les trouver. Car autrement ces animaux si discrets sont presque impossibles à repérer !

Ainsi les milieux qu’elles utilisent pour se « réchauffer » sont : les bordures de buissons avec une végétation plus basse (mais pas trop) ; en milieux de fourrés ; dans les hautes herbes ; en bordure de fossé etc.

Les vipères ainsi exposées prennent de gros risques. En effet, elles se rendent vulnérables aux attaques des prédateur (par exemple : le héron, le faisant, les rapaces, le renard, le chat…) ou aux attaques injustifiées par le pire tueur en série qui soit ; l’Homme.

Du coup elles restent très vigilantes et disparaissent à la moindre alerte !

Ces animaux voient très bien et même s’ils n’entendent pas, ils ressentent fortement les vibrations. De plus, ils disposent d’un magnifique outil de détection : l’organe de Jacobson qui est placé sous leur palais et qui analyse toutes les odeurs ramenées par leur langue. C’est pour cela qu’ils tirent constamment la langue et non pour vous faire peur ! Ils ont la langue bifide (en fourche) car cela leur permet de « sentir en stéréo ». C’est à dire, si une souris est passée à droite, le côté droit de la langue sera plus imprégné par son odeur que le coté gauche ; ainsi le serpent va se diriger vers la droite (même principe que de suivre un son à l’aide de nos oreilles).

Une femelle dans l'enveloppe
Un individu femelle dans l’enveloppe suite à sa capture (Photo : Élise Tremel)

 

Intéressant…

Enfin, une fois la Vipère repérée, il faut agir vite ! Et à l’aide de gros gants de soudeurs en cuire doublé, je me jette sur l’animal tel un prédateur sur sa proie. Tout ça avec agilité et douceur bien sûr ! La craintive est ensuite placée dans une enveloppe dans laquelle elle se sentira moins stressée.

Et la voilà prête pour sa visite médicale. Les étapes dans l’ordre sont :

1. La pesée, à l’aide d’un peson ou dynamomètre pour les puristes.

La pesée

2. La mesure : l’animal est mesuré dans son entièreté (Tête-bout de la queue) et de la tête au cloaque (orifice carrefour de tous les « tuyaux » : génital, urinaire et digestif). Cela permet d’avoir la taille de la queue qui est l’un des critères utiles au sexage des individus  ; les mâles ayant la plus grande. Pour cette étape on utilise une fourche pour coincer la tête ; cela peut sembler inconvenant mais c’est sans conséquence douloureuse pour l’animal et permet d’aller vite et ainsi éviter de prolonger le stress induit par les manipulations. Enfin, une fois immobilisé, le serpent est délicatement déroulé le long d’un mètre.

Étape 3 : la mesure (Photo : Élise Tremel)
Étape 3 : la mesure (Photo : Élise Tremel)

3. On prend une photo du dessus de la tête. Le nombre et la forme des écailles présentes sur le crâne sont propres à chaque individu. Une « simple » photo permet donc de reconnaître les vipères capturées sans avoir besoin d’utiliser des marquages parfois invasifs pour l’animal.

Étape 3 : la photo de la tête (Photo : Élise Tremel)
Étape 3 : la photo de la tête (Photo : Élise Tremel)

Chaque nouvel individu est « baptisé » avec un prénom (plus facile à retenir qu’un code) dont la première lettre change chaque semaine de capture suivant l’ordre de l’alphabet. Ainsi, par exemple, Éléonore a été capturée la 5ème semaine du suivi.

Trombinoscope des individus identifiés par Arthur (Photo : CEN)
Trombinoscope des individus identifiés par Arthur (Photo : CEN)

4. L’animal est relâché délicatement et exactement à l’endroit de sa capture. La position de ce dernier avait été préalablement enregistrée à l’aide d’un GPS. Une fois relâchée, la vipère disparaît rapidement et sans bruit dans la végétation tel un esprit des broussailles.

Étape 4 : relâcher la Vipère avec délicatesse (Photo : Élise Tremel)
Étape 4 : relâcher la Vipère avec délicatesse (Photo : Élise Tremel)

Pour les plus curieux d’entre vous, ici, le record taille poids pour les femelles est de 62 cm pour 155 g et pour les mâles, 64 cm pour 135g.

J’aimerais également souligner que le premier réflexe de ces animaux face à la menace, est la fuite ! Ils ne mordent que lorsqu’ils sont attrapés et coincés ce qui est normal. Que feriez-vous si vous étiez entre les mains d’un géant qui vous aurait sauté dessus pendant que vous bronziez tranquillement ?

Il faut donc manipuler les animaux en douceur et délicatement pour éviter les morsures dans le gant qui peuvent être dommageables pour l’animal. En effet, les vipères risquent de se blesser en mordant le gant dur et parfois d’user leur précieux venin très coûteux à produire. Ce venin et ces crochets sont indispensables à ces animaux pour se nourrir.

Quels sont les préjugés les plus fréquents concernant cette espèce ?

Tout d’abord, il faut savoir que la vipère ne va jamais vous attaquer délibérément !

Si par chance, une vipère va dans votre direction c’est parce que vous l’avez surprise en déplacement et qu’elle rebrousse chemin vers l’endroit qu’elle connaît se trouvant derrière vous !

Si vous voyez une vipère ou tout autre serpent « de chez nous » il faut vous dire que vous ne craignez rien sauf si vous essayez de les attraper évidemment.

Tuer une Vipère n’est pas un acte de bravoure, bien au contraire ! Le massacre de ces animaux est uniquement dû à l’ignorance et la désinformation du public.

Certains se poseront peut-être la question : ça sert à quoi les vipères et pourquoi les protéger ?

Et bien tout ce qui vit en ce monde a sa place et est le fruit de millions d’années d’évolution. Il faut se dire que nous ne voyons que peu de choses des équilibres qui nous entourent et que chaque maillon manquant cause de grosses perturbations !

Concernant la vipère, il s’agit d’un prédateur qui régule les populations de ses proies.

Par exemple, en mangeant les campagnols (petits rongeurs), elle limite leur prolifération et donc évite qu’ils ne prennent toute la place. Cela est bénéfique pour les autres espèces mangeant la même chose et cela est bénéfique pour les campagnols eux même. Et oui ! S’ils sont trop nombreux, ils mangent tout et finissent par causer leur perte. En plus, s’ils sont fort nombreux et qu’une maladie s’installe ils peuvent tous se contaminer très vite. Alors que la vipère en manageant « les plus faibles » (malades, trop vieux, …) limite ces risques et bien d’autres.

Enfin, les vipères sont des animaux « exigeants ». C’est a dire qu’ils ont besoin d’une bonne qualité environnementale et d’une grande diversité dans leur milieu pour se développer. En les préservant, on préserve plein d’autres espèces en même temps. La vipère est donc ce que l’on appel en écologie : une espèce parapluie.

Plus j’observe et en apprends sur ces animaux et plus je me rends compte de leur fragilité, de leur complexité et de leur intelligence.

Je me sens parfois comme un intrus dérangeant ces animaux paisibles. J’espère qu’un jour, nous n’aurons plus besoin de les protéger et que toutes les mauvaises idées concernant ces animaux cesseront de se propager.

Je ne pose pas de jugement et ne vous demande pas d’aimer ces créatures, mais seulement de participer à la propagation des bonnes idées. C’est en cela que réside le plus bel espoir pour la préservation de la nature.

C’est également un pur plaisir de partager tout cela avec vous ! C’est notamment en cela que ma passion prend tout son sens.

Merci beaucoup Arthur pour cette présentation de tes missions dédiées au Plan d’actions Vipère ! 

Pour plus d’informations sur cette espèce fascinante, vous pouvez consulter cette brochure réalisée par le Conservatoire d’espaces naturels du Nord et du Pas-de-Calais : « La Vipère péliade : ne soyons pas mauvaise langue avec elle ! »

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